Revue de presse du 06 janvier 2022

Le Moniteur

« Nous sommes convaincus de la nécessité d’obliger la rénovation d’une classe de logements énergivores », Benoît Dulac (Les ECO-Isolateurs)

 

Avec son directeur général-adjoint Patrick Santi, le président du groupe Les Eco-isolateurs fait le point pour LeMoniteur.fr sur les perspectives de son entreprise. Comment se portent Les ECO-Isolateurs ?

Benoit Dulac : Les ECO-Isolateurs en sont à leur douzième année d’existence. Nous faisons partie des dinosaures de la rénovation énergétique ! Dans un secteur pour lequel la donne change tous les trois mois, ça donne un peu de recul face aux soubresauts.

Né en Normandie, le Groupe est aujourd’hui présent sur tout le territoire à travers une vingtaine d’entités locales avec des ingénieurs d’affaires et des conducteurs de travaux sur le terrain. Nous livrons des chantiers parfaitement réalisés. Les ECO-Isolateurs aujourd’hui, c’est 50M€ de chiffre d’affaires, 300 collaborateurs et notre activité se répartit entre le logement individuel et le logement collectif avec Les ECO-Isolateurs Pro (LEI Pro).

Patrick Santi : Lancé en 2018, LEI Pro se consacre au logement social, aux copropriétés et aux bâtiments publics (écoles, mairies, salles des fêtes) avec trois typologies d’approches, distinctes, complémentaires mais pas identiques.

Avec les bailleurs sociaux nous avons affaire à un écosystème sensibilisé à la problématique de la rénovation énergétique. Ils sont en prise directe avec les décisions politiques et responsabilisés sur la gestion de leur parc. Ils mènent des actions cohérentes avec les initiatives publiques. Là, nous sommes dans une logique d’accompagnement sur des problématiques techniques, à la recherche d’un optimum technico-économique : maximiser les aides et les subventions pour minimiser le reste à charge.

« Notre métier est un métier d’intégrateur et d’ensemblier »

A noter que dans le secteur du logement social, nous avons identifié un segment de niche, à cheval entre le BtoC et le BtoB : c’est le parc de maisons individuelles. Nous sommes là sur de petits chantiers à la logistique particulière. L’idée est de rénover ces maisons pour les sortir de leur statut de passoire thermique avant de les vendre. Pour cela nous maîtrisons l’ingénierie financière (optimisation des aides disponibles : CEE, aides locales…), les recommandations techniques et le pilotage des travaux. Nous proposons Réno-MI (pour « maison individuelle »), un outil d’aide à la décision pour les bailleurs qui leur propose des scénarii de financement et de travaux selon le niveau de performance énergétique qu’ils souhaitent atteindre.

Notre métier est un métier d’intégrateur et d’ensemblier. Notre objectif est de faciliter la mise en œuvre de la rénovation, de faire comprendre les critères d’éligibilité. Et nous nous engageons sur une livraison clés en main.

Le deuxième segment ce sont les copropriétés…

La question pour les travaux est toujours : « avec quel argent ? »

B.D : Et là il y a une catastrophe climatique en cours…

P.S : Dans les copropriétés nous avons affaire à des gens qui ne sont pas « sachants ». Tout le travail de sensibilisation est à faire et ce n’est pas évident. Etablir des plans de travaux nécessite de nombreuses négociations et de nombreux votes. Nous intervenons soit en prise directe avec les copropriétés ou en accompagnement des gros syndics. Nous nous positionnons très en amont pour mener une campagne d’« évangélisation » et réussir à ce que les parties prenantes prennent confiance dans le projet, aient confiance dans notre offre.

A travers un travail avec l’Anah et MaPrimeRénov’, nous les poussons vers une rénovation globale. En effet, nous sommes convaincus que le geste par geste n’apportera rien et que seul le bouquet de travaux permettra d’atteindre les performances nécessaires.

La principale difficulté est donc la maturité de la copropriété sur ces enjeux. Mais il y a évidemment un deuxième frein et non des moindres : l’aspect financier. Même si les copropriétaires sont convaincus, la question pour les travaux est toujours : « avec quel argent ? » Là aussi, nous nous attachons à identifier les subventions et à minimiser autant que possible le reste à charge. CEE, MaPrimeRénov’ : nous montons l’intégralité des dossiers. Nous nous sommes associés récemment à La Centrale de Financement qui nous accompagne auprès de grosses copropriétés pour apporter des solutions d’emprunts collectifs et individuels qui permettent aux copropriétaires de n’avoir aucun euro à avancer et de régler les travaux en mensualités. Mensualités qui seront compensées par les économies d’énergie réalisées.

B.D : C’est un transfert Capex (investissement)-Opex (dépenses de fonctionnement) classique.

P.S : La différence avec les bailleurs sociaux c’est que l’échelle de temps est plus longue : il y a plus d’intervenants, les procédures sont longues, c’est chronophage. Mais c’est un mal nécessaire.

B.D : Actuellement le « time to market », le délai entre la mise en relation et achèvement des travaux, est de 36 mois. Pour le réduire, la question du financement est essentielle.

P.S : Le dernier segment « pro » ce sont les communes de taille intermédiaire et leurs bâtiments. Nous allons à leur rencontre pour leur faire comprendre leurs obligations réglementaires et les aider ensuite. Les bâtiments prioritaires ce sont les écoles. Nous nous engageons auprès des collectivités avec notre offre dédiée et nos solutions intégrées. Et nous sommes même prêts à nous engager sur des contrats de performance énergétique, en association avec de grands partenaires. C’est ce que nous faisons dans le cadre du programme EnergieSprong d’industrialisation de la rénovation.

Tout cela, j’insiste, nous le faisons dans une logique de proximité : accompagner les clients sur la maîtrise des travaux, s’appuyer sur les conducteurs de travaux qui s’appuient sur des sous-traitants locaux. Il nous arrive même de « faire la banque », c’est-à-dire d’avancer les sommes dans un premier temps avant de les récupérer grâce aux CEE et aux différentes subventions.

B.D : Aujourd’hui pour 98 % de notre chiffre d’affaires, nous faisons la banque. Seules des entités parapubliques ont obtenu une dérogation pour faire du tiers-financement. D’où notre alliance avec le courtier qui permet de négocier les meilleurs taux possibles. Qu’en est-il de votre activité pour l’habitat individuel ?

B.D : Nous proposons une offre globale : isolation de l’enveloppe, production de chaleur, ventilation. Nous sommes aujourd’hui le plus gros faiseur d’ ITE en France. C’est un métier que l’on maîtrise bien et depuis longtemps. Nous lui avons associé une activité « chauffage décarbonné » grâce aux PAC et des schémas de ventilation. Plus de la moitié de nos chantiers relèvent de cette approche globale.

Aujourd’hui, après une étude thermique puis une étude financière et notre logiciel de calcul d’optimisation, nous sommes capables pour 30 ou 40 k€ de travaux de faire passer une maison de 100m² de l’étiquette F à l’étiquette B.

Sur le terrain, nous fonctionnons avec un binôme conseiller énergétique local / conducteur de travaux local qui pilote le chantier.

Que faudrait-il selon vous, dans le prochain quinquennat pour massifier la rénovation énergétique ?

B.D. : Il faut une mobilisation générale pour faire évoluer les choses et Dieu sait que c’est difficile. Il y a, selon moi, 6 clés :

Des aides stables. Il faut insister sur la stabilité. Savez-vous qu’à partir du 1er mai 2022 les aides à l’ITE pour les grands précaires via les CEE qui étaient de 4000-4500 € passent à 1500 € ? On est en train de « zigouiller » la rénovation. L’urgence c’est de rénover les passoires thermiques. Qui sont bien plus nombreuses que les 5 M calculées et qui émettent, pour 100 m², entre 7 et 10 t de CO2 par an. Si on ne met pas en place des schémas pérennes, on ne peut pas créer une filière.

Sur le même sujet « Les pouvoirs publics sont en train de condamner la jeune filière de l’isolation», Benoit Dulac , Les Eco-Isolateurs

Un financement sur du long terme pour diminuer au maximum le reste à charge pour les ménages . Il faut autoriser un emprunt longue durée de 15 voire 20 ans. Dans ces conditions, la mensualité de remboursement serait plus faible que l’économie de chauffage réalisée. L’éco-PTZ est un outil génial mais ne fonctionne pas. Pourquoi ? Parce que jusqu’ici les banquiers devaient faire le dossier technique et ce n’est pas leur métier. Nous avons suggéré et obtenu de faire gérer cette partie via MaPrimeRénov’ qui au 1er juillet 2022, fourni le certificat d’éligibilité aux aides. L’autre souci est que les banques perdent de l’argent sur les PTZ. Elles sont théoriquement rémunérées sur la différence entre le taux zéro et le taux de marché…qui est aujourd’hui négatif. Il faut donc rémunérer les banques qui en attendant cherchent à placer des crédits à la consommation. Le jour où on débloquera ça : on aura un reste à charge « faible ».

Des contrôles. Ils ont été mis en place avec trois ans de retard mais ils sont enfin effectifs. Il faut aussi des contrôleurs qui étaient jusqu’alors privés de référentiels de contrôle et devaient se baser sur les règles de l’art.

– Le ministère doit mettre à la disposition des contrôleurs des référentiels de contrôle. On y vient.

– Je suis convaincu, si l’on veut tenir les objectifs, de la nécessité d’obliger la rénovation d’une classe de logements énergivores. Les gens comprennent difficilement l’intérêt qu’ils ont à investir dans la rénovation énergétique. C’est d’ailleurs le seul point positif à retenir des fameuses offres à « 1€ » : pour la première fois des millions de Français ont découvert l’intérêt de l’isolation. Par ailleurs, il faut arrêter d’aider la partie chauffage seule (c’est aujourd’hui le cas de 60% des dossiers MaPrimeRénov’) : une solution de chauffage performante ne permet pas à elle seule la réduction nécessaire de la consommation d’énergie. Le dispositif de chauffage doit être calibré sur le bâti, avec une cohérence énergétique du début à la fin. Aujourd’hui on flèche les aides vers la décarbonation de la production de chaleur au détriment de l’isolation de l’enveloppe. Si on n’articule pas les deux, ça ne marchera pas.

Créer une filière, former. Pour cela il faut arrêter de casser les systèmes mis en place.

Des petites entreprises doivent s’associer avec des géants. Dans cet esprit nous avons noué un partenariat avec Engie qui, à chaque fois qu’il identifie un client PME/TPE/Particulier avec un besoin de travaux en approche globale, suggère Les ECO-Isolateurs. L’avantage pour nous est que nous ne dépendons plus uniquement des Gafa et de la pub en ligne. Mobilisons, pourquoi pas, les enseignes de la grande distribution par exemple.