La baisse de rentabilité financière des entreprises du BTP rend les patrons et la Fédération française du bâtiment (FFB) assez nerveux. Malgré des carnets de commandes pleins, le secteur voit ses marges se détériorer. En cause, la hausse des coûts et certains choix de politique fiscale. De son côté, la rénovation énergétique voit son activité diminuer malgré une incitation gouvernementale à effectuer des travaux.

Le paradoxe financier

Le secteur de la construction ne connaît pas la crise avec des prévisions de chantiers de près de 8 mois pour les entreprises de plus de 10 salariés et de quasiment 5 mois pour les artisans (- de 10 salariés). Le BTP a notamment recruté environ 29 000 nouveaux salariés entre le 1er trimestre 2018 et 2019. Et pourtant, malgré des indicateurs positifs, la FFB tire le signal d’alarme, « Les coûts progressent toujours plus rapidement que les prix, soit respectivement +2,4 % et +2,2 % en glissement annuel au premier trimestre 2019, donc les marges se détériorent pour le quatrième trimestre d’affilée. ». Surtout, que le profit moyen du BTP est d’environ 1,2 à 1,3 % en 2018 selon Jacques Chanut, président de la FFB, ce qui est assez faible.

Des coûts supplémentaires à venir

En 2019, le gouvernement a annoncé la suppression de l’avantage fiscal sur le gasoil routier et la probable fin de la déduction forfaitaire spécifique sur les charges sociales (DFS). Des mesures qui font mal aux portefeuilles des entreprises, estime la Fédération. Avec les disparitions de ces aides, la FFB s’attend à un surcoût estimé entre 2,1 et 2,2 milliards d’euros, que l’ensemble du secteur devra supporter sur la période 2019/2020. Selon Jacques Chanut, « La suppression étudiée par le gouvernement de l’accès au gasoil non-routier et de la déduction forfaitaire spécifique risque clairement d’envoyer de nombreux artisans et entrepreneurs au tapis. D’autant que la menace d’un nouveau rabotage du CITE et de la suppression du PTZ hors grandes agglomérations reste d’actualité. Cet ensemble ne peut que conduire à aggraver la fracture territoriale et fait une nouvelle fois peser, de manière particulièrement injuste sur notre seul secteur, l’essentiel des économies promises sur le budget de l’Etat. ». Et de prévenir « Il n’est pas acquis que ces nouveaux surcoûts puissent être répercutés au client final. Ces projets risquent simplement d’envoyer des entreprises à la casse ! ».

La rénovation énergétique, un secteur mitigé

La majorité des ventes immobilières en France concernent l’ancien, ce qui de facto, devrait lancer des travaux d’Amélioration-entretien. Et pourtant, le secteur « affiche une baisse de son volume d’activité de 2,1 % en glissement annuel sur le premier trimestre 2019, amplifiant le décrochage du quatrième trimestre 2018 (-1,8 %) », avance la FFB.  

Si la rénovation a tendance à décroître sur l’année 2018, les premiers résultats de 2019 sont plutôt encourageants. Un rapport de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) déclare une croissance de 1,5 % du secteur Amélioration-entretien et également de 1,5 % pour la rénovation énergétique sur le 1er trimestre 2019, mais prévoit un ralentissement de cette croissance à 0,5 % en 2019. Chez Les Eco-Isolateurs, on constate pourtant un intérêt croissant des ménages pour les travaux d’économies d’énergie en 2018. On compte 180 000 ménages qui sont passés par les CEE, dont 58 % ont réalisés des travaux d’isolation. Avec les dernières mesures gouvernementales et une plus forte communication autour de la transition écologique, 2018 est une année record en termes de versement des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE).